Tournées internes de nos artistes : Tout ce qui brille n’est pas de l’or

Dicko Fils1Depuis l’avènement du numérique, l’industrie musicale connaît une ascension considérable mais en dent de scie. Les supports usuels de promotion, de communication et de diffusion ont été tronqués par d’autres moyens plus rapides où la main d’œuvre a quasi disparu. On parle aujourd’hui de vente et de promotion en ligne. Surtout même, de diffusion de spectacles en ligne. Fini donc les vinyles, les K7 et même les CD. On enregistre presque plus en live, tout est fait sur programmation.

C’est à peine si un artiste musicien arrive de nos jours à vendre 500 CD. Je parle sous le contrôle de Mamboné Distribution, la structure rescapée de vente de CD au Burkina et la plus fiable de nos jours. Les artistes se rabattent sur les scènes qui malheureusement sont rares et parfois mal goupillé. Les playbacks gagnent du terrain. Il y a beaucoup d’artistes pour un rapport quantité managers et producteurs très disproportionné. Ce qui obligent les créateurs à cumuler toutes les fonctions (manager, communicateur, producteur, tourneur, organisateur de spectacle et artiste).

Nos managers (ceux qui sont les plus dynamiques) se retrouvent avec 3 à 4 artistes sous la main, mais le résultat sur le terrain est décevant. Raison pour laquelle, artistes et managers, la cohabitation est souvent teintée de tensions et de suspicions. C’est donc par manque de confiance et parfois animé d’un comportement fesse-mathieu, que certains préfèrent eux-mêmes organiser leur carrière et leur spectacle dans la capitale et en provinces.

De nos jours, il y a trois facteurs fondamentaux qui attestent des performances de nos artistes : Le spectacle, la discothèque et la toile.
La discothèque : Voir son œuvre régulièrement joué en Boite de nuit, maquis, échoppes, médias…
La toile : Donner constamment des informations relatives à son actualité artistique
Le spectacle : Jouer inlassablement dans des spectacles dignes de foi tant en provinces que dans la capitale. Hors du Burkina Faso, c’est un plus, mais à condition que cela se fasse selon les normes conventionnelles.

Le constat que j’ai fais concernant nos artistes qui prestent régulièrement à Ouagadougou et en provinces est assez révélateur. Il y a Agozomalheureusement beaucoup de vendeurs d’illusions qui prétendent qu’ils font des spectacles inédits en province pourtant, c’est des flops partout. Certains que j’ai rencontré pendant cette enquête m’ont constamment avancé cette phrase : «On se connaît- là ! Quand nous allons jouer en provinces, on sait qui est qui ! Ceux qui remplissent les salles en provinces sont connus ».

En effet, beaucoup d’artistes ne sont que connus dans la capitale. Ils ne sont ni sollicités dans les provinces et pratiquement inconnus par ce public qui pourtant sont des accro et grands consommateurs de la musique burkinabè. Alors que, jouer en provinces, c’est un puissant baromètre pour nos artistes et un indice fiable d’évaluation.

Après ma petite enquête en sourdine en interrogeant promoteurs, managers et en faisant des va-et-vient dans quelques provinces, il n’y a qu’une poignée d’artistes qui draine des foules à leurs spectacles quand ils quittent Ouaga. Il s’agit entre-autres de Floby (malgré que son cachet est exorbitant), Dez Altino, Salif Widga, Dicko Fils, Agozo, Natou, David Le Combattant, Alassane Zorgho, Sana Bob, Wendy et Sofiano. Ce sont eux qui sont, et ça je pèse mes mots… des véritables stars en provinces !!!

Rendez-vous compte, dès l’entrée de la ville, ces artistes-là sont accueillis par des milliers de fans et s’en suit une gigantesque parade dans la ville ou le village. Un cortège digne d’un Président de la République les accueille à chaque apparition. Et pendant leur séjour et leur parcours, par exemple Agozo ou encore Dez Altino sont poursuivis partout par de nombreux enfants et adolescents.

Non seulement ceux-là que j’ai cité sont sollicités par des promoteurs connus dans la région, mais leur cachet est assez considérables. Il varie entre 250.000 FCFA et 500.000 FCFA par spectacle. Seul Floby va souvent au-delà de ça et parfois quand les promoteurs ne peuvent pas le faire venir, ils font appel aux autres cités, précédemment.

L’autre cas de figure également, et celui-là, je l’apprécie énormément, c’est que : les mélomanes en provinces vénèrent et raffolent la musique burkinabè. Très diffDez Altinoicile de voir un artiste qui fait dans du pure coupé-décalé, Nidja ou encore Hip-Hop bourlinguer dans ces provinces. Ils sont réfractaires à la musique qui ne reflète pas leur identité. Le seul hic et non des moindres, c’est que ces promoteurs, organisent des spectacles en playback. Ce qui me chagrine énormément !

Pour pallier à ce manque de scène et pour le fait qu’on ne les invite pas en provinces, certains décident de s’auto-inviter. Ils organisent leur propre mini-concert, en faisant des affiches préfabriquées avec une mini-sono et vont à la conquête de ce public. Dès qu’ils sont présents dans un village, ils louent une salle de maquis (1000 à 2000 FCFA), battent eux-mêmes la promo, jouent les guichets, font leur spectacles (200 à 300 voire 500 FCFA l’entrée lors du jour du marché). Pour la plus part de ces cas là, le résultat est impitoyable voire déshonorant et ignominieux. Le public est maigrichon et leur œuvre musicale est méconnu et peu captivant (C’est encore mieux. Au lieu de croupir en longueur de journée à la cafette qui jouxte le CENASA pour espérer bénéficier de quelques tasses de NESCAFE). Malheureusement, c’est tout le contraire qu’ils postent sur la toile. Des fausses images de foule, des montages de vidéo et des commentaires inexacts. Juste pour nous faire miroiter qu’ils existent et sont adulés en provinces.

On peut certes cartonner tout en crevant l’audimat à Ouagadougou et par contre être complètement méconnu en provinces. Est-ce donc rentable d’être célèbre uniquement à Ouaga ?

Notons néanmoins que les artistes qui restent des pionniers dans cette forme de prestations itinérantes à succès dans les provinces sont deux. Il s’agit d’Aly Verhutey et de CS Bazaro. Ils ont écumé tous les coins et recoins du pays pour des spectacles de tout genre. Ils sont aujourd’hui très respectés et gagnent bien leur vie.

Faudrait-il se contenter de faire semblant d’être un artiste à Ouagadougou et occulter cette proximité promotionnelle en provinces ?
Jabb’Art !

Categories: Chroniques,La plume de Jabbar

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