«Beogo» de Dez Altino : Que lui reste-t-il ?

«Seuls les tonneaux vides font trop de bruit» extrait de son tire «Mak Daoré», puisé de son dernier opus «Beogo».

«Dans la plupart des autres pays, la musique a évolué grâce à certaines personnes mais pas seulement les musiciens. C’est-à-dire qu’il y a des gens qui se sont démarqués pour envoyer leurs musiques très loin». C’est un extrait, à mon avis très pertinent que j’ai puisé de l’entretien de celui qui s’est autoproclamé en 2013, «Prince National». Il l’avait accordé à un jeune magazine en ligne assez dynamique «info culture du Faso» le 30 juillet 2018 par Fabrice Parfait Sawadogo et Filasko Moussa Kaboré. Cette phrase lancée par le Kundé d’Or 2013, peut résumer en quelques mots, la carrière d’un artiste qui cumule treize ans de carrière capé de six albums et de nombreuses distinctions.

Après un tel parcours entaché de tâtonnements, de déceptions et de succès national, quel pourrait véritablement être son challenge ? Le lendemain, après la présentation de son sixième opus dans un hôtel luxueux de la place devant une meute d’acteurs culturels et journalistes, Désiré Ouédraogo se pose certainement la question : «Dites moi après, que dois-je faire ?».

Sur le plan artistique : produire un tel opus après 13 ans de carrière, l’œuvre ne peut qu’être céleste et irréprochable. Grand conservateur d’un style propre à lui puisé des rythmes locaux tels que le «wiiré», le «liwaga» badigeonnés aux rythmes contemporains, Dez Altino n’a pas dérogé à la règle. Mais, depuis la sortie tonitruante de son single «Bangue pinda » en 2018, il a exploré d’autres rythmes. Des rythmes contemporains tels que l’Afro Beat, le funk et même la pop avec la brillante participation d’Awa Boussim dans «Zemstaaba» (Pour moi, c’est le titre qui devrait être mis plus en lumière».

Une ouverture vers une musique plus homogène où chaque mélomane pourra se délecter en aspirant le tube qui le fascine. «Mak daoré » pour l’ensemble de son staff, semble être le tube révélateur de «Beogo». Certainement dans le souci de rester dans un ancrage folklorique qui semble bien prendre de l’ampleur dans notre pays. Mais d’autres tubes tels que «Kabogdé» peuvent et doivent connaître des succès authentiques sur d’autres contrées. «Kabogdé » est pour moi, une véritable preuve que Dez Altino est suffisamment mature musicalement. L’harmonie musicale et surtout la juxtaposition des instruments tels que la guitare basse aux côtés du piano avec ce jeu fascinant de la voix, donne des frissons dans l’ouïe.

Une sorte de funk/dub savamment bien mixé. Une musique tellement bien cadencée et posée qui va probablement séduire des DJ des boîtes afro parisiennes, guyanaises ou encore bruxelloises. C’est mon véritable coup de cœur !!! «Les arbres de la forêt ne produisent pas la même saison…On ne va jamais abandonner … tomber mais se relever…trébucher mais continuer… même quand c’est dur on va forcer. On n’est déjà né… on est déjà positionné…chaque jour est un combat…».

Je ne peux pas évoquer ce tube «Kabogdé» sans solliciter une fois de plus l’expertise de l’un des DJ africains les plus influents des discothèques européennes, Yayouss. Que le manager de Dez Altino en l’occurrence, DG La Légende, envoie dans les plus brefs délais, ce tube à Paris. Yayouss fera le reste, je sais de quoi je parle !

Au-delà de ça ; on peut également se réjouir que l’artiste a réussi parfaitement ces deux collaborations avec nos artistes locaux. Toutes des femmes. «Yamb Tééba » avec Habibou Sawadogo et «Zemstaaba» avec Awa Boussim. Cela personnellement m’a permis surtout de jauger ses prouesses vocales et surtout sa capacité à monter sur des aigues surtout face à une excellente vocalise comme Awa Boussim. Il y a dix ans auparavant, Dez ne pouvait pas s’y aventurer. En faisant, (à la dernière minute) ce featuring avec Awa Boussim, ce tube peut être un facteur déclencheur de son positionnement sur l’échiquier international, dans le sens propre du terme. Tout dépendra de la virtuosité de son staff.

Parlant de voix, écoutons «Beogo» dans cet opus et cela vous permettra de mieux jauger les cordes vocales de l’artiste. Il a beaucoup progressé. Une mélodie qui ne met que les voix en exergue. Dez a su merveilleusement allier les aigues aux graves dans ce tube. Le timbre d’une voix (sa beauté pour faire bref) est presque totalement inné et sa tessiture s’impose en grande partie quand on l’écoute. On sent qu’à force de répéter et de s’exercer en live, il a commencé, non seulement à chanter parfaitement juste mais aussi, il sait gérer son volume et son endurance. Cela lui a permis de maîtriser de plus en plus les partitions et surtout d’accroitre ces notes au niveau des graves et des aigus.

«Beogo» est un album abouti et assez bien élaboré. On y retrouve du tout et non du bourrage comme on en voit souvent ailleurs. Chaque tube peut faire l’objet d’un commentaire étoffé. De «Wilgui mam» à «Daaré » en passant par «Amitié bla-bla », «Ne t’en va pas» ou encore «M’ma» en hommage à sa mère, Dez nous fait balader dans un univers musical où le cordon ombilical se trouve dans le folklore moaga. Il nous a dévoilé, non seulement, ses compétences acoustiques, mais en plus, il nous propose pour la première fois, une typologie musicale moderne à partir du folklore local.

Sur le plan commercial et industriel : Après avoir réuni plus d’une centaine d’acteurs culturels (promoteurs, journalistes, managers, producteurs, tourneurs, mannequins, animateurs…) que lui reste-il ? Après avoir «graissé» les 10.000 FCFA, 20.000, 50.000, 500.000 FCFA etc. par ci et par là, que recherche-t-il après treize ans de carrière, six albums, un Kunde d’Or et de nombreux prix ? Après avoir écumé les scènes primitives dans les 13 régions du Burkina. Après avoir dompté plusieurs fois, la communauté burkinabè résidant en Côte d’Ivoire. Après avoir bourlingué dans toutes les manifestations des communautés burkinabè en France, aux USA, en Italie et ailleurs. Quel pourrait être véritablement son challenge ?

Dommage, mais je suis certains qu’il cherchera à refaire le même parcours : C’est-à-dire, aller à la conquête du deuxième Kunde d’Or en 2020. Tourner dans le pays et en Côte d’Ivoire. Ecumer les salles de sports transformées en salle de spectacle par les associations de la diaspora… Mais est-ce véritablement le parcours typique d’un artiste musicien ? Pourquoi ne voulons-nous pas souvent briser certaines barrières en faisant comme les autres ? Oser casser sa tirelire et conquérir le marché INTERNATIONAL proprement dit. Beaucoup d’artistes ont pensé que le marché international était basé sur la télévision Trace TV. Aujourd’hui, cette chaîne est devenue l‘ombre d’elle-même. C’est devenu illusoire de passer sur cette chaine. Concrètement, qu’est-ce que cela apporte à nos artistes ? Une visibilité évanescente.

L’industrie musicale ne se résume pas sur l’auteur de l’œuvre mais sur la capacité de son staff à pouvoir le propulser au-devant de la scène et hors des frontières. L’art dans sa globalité est à l’image d’une rivière. Elle coule continuellement et ne stagne jamais. Dez Altino est aujourd’hui un calibre qui devrait dépasser nos frontières. Pour véritable l’incarner, il faudrait qu’il s’attache des services des agents qui pourront véhiculer ses œuvres dans d’autres continents. S’infiltrer dans un autre environnement musical où d’autres structures afro européennes pourront le faire véritablement tourner.

Tout en gardant son staff sur le plan local, mais en se faisant coacher à l’extérieur par d’autres structures. Quitte à faire des tubes propres aux mélomanes de l’Occident. Dez Altiino, comme tout artiste qui s’exporte, doit pouvoir avoir «deux visages» et «deux ou plusieurs styles musicaux ». L’un pour l’Afrique son pays et l’autre contemporain, selon les codes des gros labels de production et de distribution. Tant que nos artistes ne joueront pas le jeu de ses grosses firmes, en ayant un œil très avisé sur l’industrie du streaming, nous serons toujours des suivistes et des amateurs.

Sur le plan local : l’auteur de «Bangue pinda» a déjà clairement défini sa cible : C’est le KUNDE D’OR 2020 ! Il veut rester et demeurer au-devant de la scène. Si hier Floby a fait un raz de marée de façon unanime, sur l’ensemble du territoire national, Dez Altino également est piqué par cette frénésie. Sans pour autant le considérer comme étant une compétition déloyale, avouons sincèrement que ces deux artistes s’observent mutuellement depuis 13 ans déjà. Ils ont commencé leur carrière musicale la même année.

Ils ont eu, à une certaine époque, le même staff managérial. Ils se frottent pratiquement sur certains rythmes et titres identiques. Notamment, le retour du folklore local tiré du village tels que «Yaaba» et « wedo »pour Floby. «Tata» et «Mak Daoré » de Dez Altino. C’est certainement ce qui a poussé le kundé d’Or 2013 à mettre d’entrée de jeu, le vidéogramme «Mak Daoré ». En s’observant par styles interposés, ces deux artistes participent à identifier notre musique. Une concurrence positive en le prenant dans ce sens, ne peut qu’être bénéfique pour notre patrimoine national.

La sortie de son 6ème opus a été présentée par l’incontournable animateur Jacky El Feno, de façon la plus simple et naturelle possible. Ce qui aurait surpris certains journalistes qui s’attendaient à des échanges directs et ouverts avec l’artiste.

Sachons à mon avis faire la part des choses : ne confondons pas «Conférence de presse » et « soirée dédicace » ou «sortie officielle ». Lors d’une «soirée dédicace » la presse est certes invitée, mais le staff n’est pas obligé de demander aux journalistes de poser des questions. Par contre, si c’est une conférence de presse, les échanges avec la presse sont obligatoires. Pour ce cas de figure ; Dez Altino a invité les acteurs culturels, les amis, les collègues et la presse pour une «sortie officielle» de son album. Et non à une «conférence de presse». Donc il était normal de ne pas procéder aux questions/réponses des journalistes.

13 ans de carrière avec en prime la sortie de son 6ème opus «Beogo», un 13 juillet 2019, tout porte à croire que «demain » sera encore meilleur pour ce ressortissant du Yatenga profond.

LECHAT !

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