Ouverture du FESPACO : Rupture avec la grisaille

A 20h20 quand on quittait le stade Municipal au moment où Magic System entamait son cinquième tube, plus de 20 mn après la cérémonie officielle, le public était encore au stade. Personne ne voulait libérer les lieux, même pas le Président du Faso !

Quand BilAka Kora, Directeur artistique de la cérémonie d’ouverture te dis à 48h des levés de rideaux que : «Nous allons vous faire rêver le jour de la cérémonie d’ouverture». Tu te dis que «ce monsieur fait son malin ou quoi ? On connait le Burkina, il ne va rien apporter de neuf !»

Faisant régulièrement des va-et-vient entre le stade et le siège du FESPACO, je me suis même refusé l’accès au stade au moment où, le PF était déjà installé. N’eut été la clémence des CRS et des responsables du dispositif impressionnant de sécurité, j’allais suivre ce cérémonial de l’extérieur. Preuve que la cité est entière balisée.

Bil Aka Kora, motion de soutien au Conseil des Ministres

Le scénario que ce double détenteur du Kundé d’Or a mis en place lors de ce cinquantenaire, a rompu avec la monotonie des FESPACO précédents. Aucune similitude avec les cérémonies précédentes. Tout était effectivement scénarisé. Un impressionnant backline jonchait la pelouse, qui elle-même étincelait par son armoirie orchestrale. La Fanfare nationale, la chorale, l’orchestre Djongo et une cavalerie éclatante étaient les principaux artisans de ce succès. 

Tout le regard des dix mille personnes convergeait vers ce fond d’écran 3D qui rehaussait le standing de la cérémonie. Prenant le soin de synchroniser chaque module du conducteur, Bil Aka Kora aura effectivement fait intervenir une éloquente mise en scène assurée par Ildevert Meda, à chaque entracte de la soirée. Les interventions des éminents orateurs politico-culturels n’ont pas assagis l’auditoire. Car la mise en scène et l’orchestre ont su arrondir les bords. Une musique puisée des rythmes de nous avec une dose de tradition et de modernité. Bil aura tellement réussi son pari au point où ; même au moment des feux d’artifices, le public a scandé «bissé ! Bissé ! Bissé !»

L’intervention magistrale du collectif d’artistes nationaux

Il fallait vraiment y penser et le casting aura été à la hauteur. C’était le volet le plus attendu de cette création de Bil Aka Kora. Comment allait-il harmoniser nos célébrités au regard des genres et styles différents en live et surtout entourés de la chorale et de la fanfare nationale. Le très vénéré Issouf Compaoré au côté du scientologue de la musique Roger Wango, lui-même en phase avec la lionne de la voix Nourat Zoma qui corrobore aussi à celle de l’auguste Peul Dicko Fils. Tout ceci couronné par les proses d’un des plus grands rappeurs africains de cette nouvelle génération Smarty. On apercevait dans la mêlée, sur la scène, les gesticulations et les pantomimes du directeur artistique Bil Aka Kora. Tout ému par la qualité de leur passage sous le regard ahurissant du Chef de l’Etat. Presqu’aucune fausse note de la part des leads vocaux en parfaite symbiose avec l’orchestre.

Le Duo Bamba et Big Ben magistral !

Big Ben

De mauvaises langues ruminaient dans les coulisses de notre showbiz que ce maestro et virtuose du verbe et de la parole au Burkina Faso, serait dorénavant dans les oubliettes. Big Ben est loin d’avoir tiré sa révérence. Malgré que, certains charlatans le souhaitent vivement. Aucun présentateur ne pouvait tenir la dragée haute à cette cérémonie hautement prestigieuse, à l’instar de cet ex présentateur de l’émission «Bon Dimanche» sur la TNB. De la langue de Shakespeare à celle de Molière, en passant par son infini talent en termes de vocabulaire, Big Ben aura marqué d’une pierre blanche cette cérémonie. Associé à la prestance de l’illustre comédien ivoirien Bamba Bakary, c’était la véritable cerise sur le gâteau ! Sa voix impressionnante et captivante ne pouvait laisser personne indifférent. Cet humoriste et animateur à la télévision nationale ivoirienne aura captivé l’auditoire. Il a su improviser grâce à son expérience sur la scène. Ces anecdotes et allégories ont cristallisée le public. Il a été celui qui aura su nostalgiquement présenter l’historique du FESPACO tant en images qu’en expressions.

Les archives ont parlé

L’un des faits marquants de cette cérémonie, fut bien évidement ces images et vidéos retraçant surtout les premières années du FESPACO. Des images exclusives voire inédites qui prouvent que nos archives existent bel et bien. Et Bakary Bamba a su parfaitement l’illustrer lors de son speech. «…que les jeunes d’aujourd’hui, vous soyez les doyens de demain».

Des images nostalgiques à la fois languissantes qui n’ont pas empêché le public de se manifester par des tonnerres d’applaudissements. Des figures de proue telles que : Alimata Salembéré, Gl Marc Garango, René Bernard Yonli, Dikongue Pipa, Sembene Ousmane, Souleymane Cissé, Idrissa Ouédraogo, Gaston Kabore ou encore Missa Hébié ont provoqué un tohubohu dans le stade.

Une rupture sans conséquences…

Le cinquantenaire du FESPACO, contrairement à nos compatriotes sceptiques et fatalistes du développement culturel et touristique du Burkina Faso, l’ouverture aura déjoué tous les pronostics, en corroborant avec la philosophie des fils et filles de Sankara ; l’hospitalité

Mais comment organiser un tel évènement où le monde entier qui vous observe en direct et malgré ça ; nous ne profitons pas de cet audimat, pour mieux présenter nos artistes musiciens ? Le FESPACO est le seul évènement au monde où le Burkina Faso est sur tous les satellites. Pourquoi ne pas profiter cette audience pour mieux présenter nos vedettes ?

Certes, pour une fois la prestation des artistes dits Guest Stars se sont produits après le clap d’ouverture du FESPACO. Bil Aka Kora a su bien aménager son conducteur, à telle enseigne que «vos artistes stars» venus d’outre-mer ont joué après le «prime time».

Quelle a été concrètement l’apport de Magic System ?

Magic System

J’ai dit tantôt que nous avons rompu avec la monotonie des FESPACO précédents, mais partiellement. Honnêtement, je n’ai rien de particulier contre le groupe Magic System, mais pourquoi on impose presque leur présence aux manifestations culturelles burkinabè d’envergure internationale ? Cela fait 75 fois qu’ils ont jouées (j’extrapole) au Faso et à Ouagadougou, rien qu’en 2018 avec les mêmes tubes. Il n’y a pas d’autres artistes ? Même s’il faudrait internationaliser le FESPACO comme cela se passe, mais ce n’est pas le seul groupe ou les seuls artistes qu’on devrait inviter.

Nous avons des stars au Congo, au Sénégal, au Rwanda (pays invité), au Cameroun, en France, aux USA, au Nigéria, en Afrique du Sud et même en Côte d’Ivoire dans le Zouglou en dehors de Magic System. Ils ont eu tous les honneurs planétaires, tous les disques d’or et même joué devant les champions du monde français : Kylian M’Bappè, Paul Pogba, Antoine Griezman, et même avec le jeune Président Emmanuel Macron. De grâce, ils pouvaient décliner l’offre du Burkina Faso ou proposer d’autres artistes Zouglou si le comité d’organisation voulait mordicus un style Zouglou pour l’ouverture. Mais j’en doute fort.

Pire même ! Ce qui m’a le plus agacé, c’est le fait que ; compte tenue des consignes de sécurité, les artistes ne se sont pas déplacés pour aller congratuler le PF. Mais pourquoi, l’exception s’est faite avec ce groupe ? Etait-il judicieux de déjouer le protocole et monter sur le tapis rouge pour aller serrer la main du Chef de l’Etat ? Ce qu’aucun artiste durant toute la cérémonie n’a fait. Même pas le directeur artistique Bil Aka Kora qui méritait ces accolades pour le spectacle qu’il nous a présenté. J’estime qu’il faut aussi casser avec cette monotonie. Ils ne sont pas les seuls !

Un clap d’ouverture maussade

J’espère que les photographes les plus professionnels ont pu immortaliser cette image où le PF était en train de donner le clap d’ouverture du FESPACO. Car ce cérémonial n’a pas apporté toute sa saveur et son éloquence. Mauvaise organisation, pas d’artistique dans le scénario et le Président est apparu assez flegme sans aucun applaudissement. Parce que le geste n’a pas été solennel et personne ne s’est rendu compte au stade. A la fin du Clap, certains journalistes se demandaient s’ils ont vu.

Dommage néanmoins que les MC Big Ben et Bamba, leur micro était couvert durant toute la cérémonie. On entendait toute la conversation off de façon ostentatoire. Malgré le fait que Sanfo, l’un des membres de l’équipe d’organisation, venait à maintes reprises le leurs dire.

Floby : le morceau du puzzle manquant

Floby

Une soirée certes haute en couleur, en son et en images qui m’aura laissé sur ma soif. Je ne voudrais pas m’ériger en griot de l’artiste Belemgnegre Floby. Vous savez que j’ai toujours très critique vis-à-vis de ce dernier. Mais ça ne m’a pas empêché de reconnaitre son immense talent. Il est à mon avis, invraisemblable que ce dernier n’ait pas été coopté à la place de Magic System, en guise de show final pour le clap de fin. Peu importe si son staff aura décliné certaine propositions mais, j’estime qu’il fallait mettre le prix qu’il fallait pour que ce garçon puisse nous offrir un spectacle d’anthologie lors de cette cérémonie d’ouverture. Car il a les tripes nécessaires pour ça !

Le FESPACO est le seul évènement au monde le plus médiatisé où nos artistes peuvent être vus et sollicités. Pourquoi ne pas en profiter pour glisser de façon subtile, nos artistes au-devant de cette scène ? Bil Aka Kora a eu le culot de consacrer le grand cérémonial aux cultures locales, mais j’aurai souhaité que nous offrions également ces plateaux de rêve, en priorité à nos artistes locaux. Aujourd’hui je parle de Floby car c’est lui qui le plus adulé en ce moment. Mais demain ça sera certainement un autre.

N’en déplaises à certains, Floby est l’artiste le plus adulé au Burkina Faso. Il est le véritable porte étendard de la musique burkinabè en ce moment. Surtout avec son dernier opus ancré dans le folklore local, qui asperge l’opinion nationale.

Quand on a annoncé le groupe Magic System pour ce show final, j’imaginais le Baba National, PCA 2018 et Kunde d’Or 2019 à leur place. Entrain d’entonner d’abord dans les coulisses en a capela le dernier « Wakato » acoustique. Tout le stade allait être en extase et dans un délire incontrôlable. La mise en scène, la chorégraphie avec une centaine de danseurs sur scène, son costume, sa sécurité, son statut de patriarche et surtout sa voix dévastatrice allaient renverser complètement les gradins et la pelouse. Ça nous coute quoi de donner les moyens qu’il faut à nos artistes pour nous offrir un spectacle digne de ce nom.

Le FESPACO est la seule vraie vitrine de nos artistes à l’international, offrez le leurs !

Néanmoins, le cérémonial de l’’ouverture du cinquantenaire du FESPACO au Stade Municipal a connu un succès sans précédent et l’honneur revient à son directeur artistique grâce principalement à l’expertise de Ildevert Meda, Ky Siriki et bien d’autres.

Allons maintenant voir les films. Je commence déjà à entendre le vent des films comme : « The mercy of the Jungle » de Joel Karekezi du Rwanda. «Le Cimetière des Eléphants » d’Eléonore Yaméogo. De «Miraculeuses » de Jean Pierre Bekolo du Cameroun. De «Hakkunde » de Oluseyi Asurf Amuwa du Nigéria. De «DUGA» d’Abdoulaye Dao/Hervé Eric Lengani. De «Karma» d’Khaled Youssef de l’Egypte. De «Desrances» d’Apoline Traoré ou encore de « Pas d’Or pour Kalsaka » de Michel Zongo Burkina Faso.

LECHAT !

Categories: Actualités

Commenter

Votre E-mail ne sera pas communiqué.


9 + 9 =


Newsletter

Tackborse musique et video du burkina   

Entrez vous adresse E-mail pour rester connecté

  • Vidéos
  • Musique
  • Clips
  • Actualité

Soyez les premiers informés des nouveautés sur le site 100% Culture du Burkina Faso

S'abonner!