Cinema Burkinabè: Un monde sans âme?

*Réponse d’un amoureux du cinéma

Il m’a semblé facile de répondre à une telle interrogation, surtout par la négative. J’avais voulu aller dans ce sens. Seulement, je me suis ravisé, lorsque j’ai pensé aux productions de Feu Idrissa OUEDRAOGO, Gaston KABORE ou encore St Pierre YAMEOGO, pour ne citer que ces trois figures emblématiques du cinéma burkinabè.

Le cinéma, il faut le dire, est le prolongement des mythes, des légendes, le révélateur de notre Inconscient collectif, un outil assez puissant pour fabriquer des héros, des légendes, des mythes, des ennemis, développer des schèmes de pensée, des réflexes…

Pour preuve, la plupart des grandes Nations se sont appuyées sur ce levier, pour construire des héros, des références pour leurs jeunesses, leurs armées, se construire des ennemis, présents et futurs… Les grandes Nations ont toujours crée une identité mythologique, autour de laquelle, l’industrie du cinéma s’est construite: en prenant le panier Marvel, nous pouvons y voir des dieux nordiques tels Odin, (équivalent de Ra, Zeus) Thor, (équivalent de Arès, Horus) Loki (équivalent de Hadès, Seth) qui y sont mis en valeur. C’est un puissant véhicule identitaire, une seconde colonisation plus douce et plus dangereuse. On y voit aussi des héros comme Captain America, symboles de courage et de patriotisme.

Aujourd’hui, combien sont les milliards mobilisés aux USA, Chine, pour déifier des présidents comme Lincoln, valoriser les stratégies de Sun Tzu? Un film titré l’art de la guerre, dans lequel joue Wesley Snipes a fait tabac dans les années 2014-2015… Après la Guerre Froide, la plupart des films tournés par des Américains ont toujours présenté les chinois, les japonais, les arabes comme des ennemis, des terroristes, et les africains comme des sauvages… Le cinéma est un monde libre où les Nations se forgent un passé qu’ils n’ont pas forcément eu, un avenir dont ils rêvent, en se donnant les moyens d’arriver à leurs fins.

Pendant des années, des réalisateurs américains ont eu pour mission de préparer les esprits à accepter le terrorisme, à lui donner une nationalité, à lui coller une religion. C’est dans cette veine que des séries telles 24h Chrono, Sleeper Cell ont été financées à coup de milliards… Des films comme Five Minarets, Le Royaume viennent compléter la liste.

En se fabriquant des héros, en les imposant dans la sphère cinématographique, certaines Nations venaient de réussir un marketing culturel sans précédent… Les héros ainsi montés de toute pièces tels Chaka Zulu, Maximus Décimus, constituent des références, des valeurs pour les jeunes ou les militaires. On se souvient de William Wallace, joué par Mel Gibson. On se souvient de Ali, joué par Will Smith, de Malcom X joué par Denzel Washington…

Le cinéma Burkinabè est un monde sans âme; un monde habité par des réalisateurs qui n’ont jamais eu pour objectif de nous fabriquer des héros, même à partie de références comme Thomas Sankara, nos soldats tombés au front… Les acteurs de ce domaine gagneraient à participer à la construction de notre imaginaire collectif, en exploitant nos mythes, en y développant des figures, en leur faisant incarner des valeurs qui doivent cimenter notre vivre-ensemble et inspirer les jeunes.

Il faut quitter le cinéma adolescent où tout tourne autour du sexe, des intrigues de jeunesse, trahisons, mariage raté, pour construire des héros qui bravent l’adversité tels Concussion de Will Smith, construire des héros qui incarnent la vertu, le courage. Quand on regarde les sorties cinématographiques, personne se sort pratiquement des intrigues des cours communes, des relations entre adolescents, des faits divers de société (un patron qui drague la femme de son employé, un enfant abandonné par ses parents, un mariage qui finit mal, une fille qui quitte la campagne pour la ville et qui est abusée…) Tout ce ci est bien, seulement, des figures comme Guimbi, peuvent faire l’objet d’une exploitation militaire, des films épiques qui galvanisent… Les Sud africains ont réussi à travers Chaka… Puis Mandela… Et nous ?

Il est temps de prendre congé des productions de basse facture pur construire un imaginaire solide. Aujourd’hui, la Chine a exporté son Taichi, la Thaïlande, le Muay Thai, le Japon, le sabre des samouraï; et nous dans tout ça? Aujourd’hui, nous suivons des films tels Troie, Hercule; et notre mythologie dans tout ça ? Nous suivons des films comme Lone survivor, et le courage des soldats nous inspire, irrigue notre courage; et nos soldats tombés au front, que faisons-nous de ces exemples vivants de courage?

J’invite l’État, les mécènes à accompagner les acteurs du 7ème Art pour son appropriation idéologique, culturelle… Ensemble pour un cinéma qui valorise notre patrimoine mythologique, qui forge une conscience nationale, avec des héros vus comme des références surtout pour la jeunesse…

Bonne méditation

Kouama Miguel (Jeune cinéphile)

Categories: Actualités

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