SNC 2018: Et si j’énonçais des suggestions?

Pour avoir participé aux sept dernières éditions depuis 2006, je peux me permettre en tant que modeste journaliste culturel, d’énoncer quelques suggestions qui pourront, dans la mesure du possible, susciter des prémices de transmutations ou de perfectionnement. Loin d’être prétentieux ou un expert du domaine. Bien au contraire, mes avis sont loin de faire l’unanimité. Je présente d’emblée mes excuses au cas où certains aspects m’échapperont. Fondamentalement et culturellement parlant, je n’ai pas les germes, mais je me permets…

Bien que le Burkina Faso paraisse superficiellement assez petit par rapport à certaines Nations africaines qui regorgent plus 100 millions d’habitants, il abonde néanmoins…une soixantaine de communautés. Pour davantage rassembler ses communautés, le gouvernement a eu l’ingénieuse idée de créer un cadre de rencontre et surtout de brassage culturel dans le but de favoriser une meilleure cohésion sociale et une parfaite intégration culturelle de nos communautés. En plaçant donc la culture au centre des enjeux de développement, l’Etat a voulu converger tout le potentiel artistique et culturel autour d’une manifestation majeure baptisée la SNC (Semaine Nationale de la Culture). C’est d’ailleurs, le seul pays certainement en Afrique, qui s’est doté d’une Semaine Nationale dédiée à sa culture.

Depuis donc 1983, cette édition se tient du côté de la deuxième ville importante et la plus économique du pays, Bobo-Dioulasso. Mais c’est depuis 1984, qu’elle est passée à une biennale. Aujourd’hui, le Burkina Faso vient de clore sa 19è édition en présence de Chef de l’Etat Roch Marc Christian Kaboré.

Placée cette année sous le thème : «Sauvegarde des valeurs culturelles : enjeux et défis », cette édition a voulu s’appesantir sur cette notion de préservation de nos valeurs culturelles, qui peut être, de nos jours les gages d’un véritable développement humain. Quand on sait aujourd’hui que notre jeunesse est à la croisée des chemins face à cette mondialisation galopante (Lire surtout mon dernier post sur l’interview du Dr Patrice Kouraogo ; Conseiller Spécial du Président du Faso. Chargé de la Culture et du Tourisme), un sursaut d’orgueil patriotique doit être notre seule débouché.

Cet orgueil patriotique ne peut qu’émaner d’abord des premiers responsables de cette institution. J’ai entendu venant des lèvres de nombreux acteurs culturels et surtout de certains responsables des commissions que j’ai rencontrés, que beaucoup parmi eux souhaitent que «l’on tienne des véritables états généraux de la SNC». Cette Semaine Nationale de la Culture, telle qu’on l’organise actuellement est «hasbeen ». Elle n’est plus d’actualité, face à la nouvelle donne du au métissage, à la globalisation et surtout aux nouvelles formes techniques en matières de promotion culturelle.

Le Monde est devenu un village planétaire et la SNC devrait en tenir compte. Organiser un tel évènement avec des idées partisanes, régionalistes voire teintée de « copinage » et de « sectarisme » portera préjudice, non seulement à notre patrimoine culturel mais également à toute cette jeunesse que nous formons.

Le Rôle ambiguë l’Etat

L’engagement de l’Etat dans des manifestations d’envergure internationale et son soutien financier ou technique devrait avoir plutôt une autre connotation. L’Etat ne pourrait être en aucun cas, organisateur d’évènement. Il devient de facto une entité très concurrentielle dans le secteur privé. La notion d’industrie culturelle est à mon avis mal perçue par nos dirigeants. L’industrie culturelle et créative est une émanation de l’intersection entre l’économie et la culture dans laquelle, la créativité devrait être au cœur de l’activité. Notamment l’innovation tant au niveau économique à travers la génération des richesses et de l’emploi. Ensuite le culturel grâce à la génération des valeurs et le sens de l’identité.

Mais il n’incombe pas à l’Etat de définir le contenu artistique ou de fixer les règles ou les méthodes d’organisation d’un tel évènement. Les artistes et notamment les cabinets privés suffisamment aguerris, devraient être les principaux acteurs. L’Etat n’intervient que dans le contrôle, la supervision, les finances et le suivi. La créativité, le contenu artistique, la production, l’évènementiel, l’innovation et le renouvellement créatif doivent être laissé aux acteurs du domaine.

Une véritable confusion de rôle se faisait régulièrement ressentir dans toute l’organisation. C’est l’Etat qui avait la main mise. C’est lui qui organise l’activité, c’est lui paye les prestataires, c’est lui qui organise les soirées etc. Pourtant des cabinets privés expérimentés devraient s’en charger. Il n’y a pas de raison que pour une simple pile d’un micro demandée par un régisseur, il faut qu’il dépose sa facture à la commission finances de la SNC où les services de l’Etat sont détachés. Cela rend non seulement l’administration lourde mais également ça surcharge davantage les agents du Ministère. Pourtant si l’Etat avait confié tout cela à un bureau d’experts privés avec un cahier de charge à la suite d’un véridique appel d’offre, tout roulerait comme sur les patins à roulettes. C’est ce cabinet qui mettra des professionnels dans chaque commission et l’Etat ne fera que contrôler et le suivre. Cela créera non seulement des emplois dans tous les départements mais aussi les différents maillons de la chaîne travailleront en synergie. L’Etat sera moins encombré, l’amateurisme et les sous-traitances caduques ou les dessous de table seront définitivement bannis.

C’est non seulement fastidieux pour les agents des finances détachés au ministère des finances d’être empiler par des reçus et factures de tout genre déposés par les prestataires (artistes, organes de presse, restaurateurs, instrumentistes, gardien, chauffeurs…). Certains organes de presse sont obligés de faire le pied de grue pour déposer leur document. D’autres vont même s’acquitter de certains documents aux impôts pour se faire payer. Quant aux artistes qui ont presté, c’est souvent la croix et la bannière pour se faire payer. Parfois, des confusions surviennent sur les appellations vedettes ou groupe de musique etc. Bref beaucoup d’imbroglios. Pourtant, une documentation assez détaillée est demandée à chaque artiste avant la SNC (Press book, Support de l’œuvre, adresse mail et téléphone). A quoi cela sert-il de donner son contact Email, si les artistes ne reçoivent aucune documentation les concernant dans leur boite mail ? Aucun programme, ni de fiche technique, ni plan de prestation et autres)

Vous avez dit Marché des Arts?!

De tous les marchés des arts auxquels j’ai participé (MASA, FESPACO, SIAO, FIMA, FEMUA…), celui de la SNC reste énigmatique !
A ce que je sache, le marché des Arts désigne l’ensemble des transactions des objets ou œuvres d’arts entre les différents acteurs du commerce de l’art qui peuvent être entre autres les artistes, les marchands, les producteurs, promoteurs, collectionneurs… Durant toute cette SNC, je n’ai pas vu se dérouler une seule activité allant dans ce sens.

Il serait judicieux d’inviter un certain nombre d’acteurs et de promoteurs culturels non seulement locaux, mais également de la sous-région voire africains et occidentaux à participer à cette biennale. Je pense aux responsables des festivals : NAK (Koudougou), Ouaga Hip HOP (Ouagadougou), les RECREATRALES (Ouagadougou), le FONY, Rendez-vous Chez-Nous (Ouagadougou), le FIMA (NIGER), Africa Fête et le FESFOP (Sénégal), Voix de Bamako, le Festival International des Arts et de la Culture SONGHOÏ (FIACS) à Gao, le FEMUA, le MASA ? LE FESTIVAL DES Arts et de la Rue (Côte d’Ivoire), le « Rendez-vous de la caricature», le festival International des Musiques Bantous, le FOMARIC (Cameroun), en Afrique centrale …les promoteurs de spectacles : les KUNDE, LES 12 PCA, SOTIGUI AWARDS, FAMA, BUMO etc.

Ils pourront non seulement disposer leur stand pour des échanges, des signatures de contrats, des présentations de leur évènement et bien évidement, des annonces pour leurs prochaines activités. Pendant la SNC, le public et surtout les artistes pourront être au parfum des procédures de collaboration. D’autres structures médiatiques ou de promotion d’œuvres phonographiques telles que TRACE AFRICA, KEZHIT, SONY, MERVEILLES, BOSS PLAYA, PAONGO… doivent être invité pour des partages d’expériences et des conférences publiques. Une plateforme d’échange et d’écoute des œuvres peut être érigée tout autour de l’esplanade de la Maison de la Culture de Bobo-Dioulasso.

Le GPNAL; Sous un autre angle.

Généralement pendant la SNC, des compétitions dans plusieurs catégories sont organisées sous l’égide du Grand Prix National des Arts et des Lettres (GPNAL). Les compétitions sont ouvertes à toutes les communautés Burkinabè dans les catégories Arts du spectacle, Arts plastiques, Littérature en Français, Sports traditionnels, et Art culinaire (4 rubriques). Ils sont notés par des jurys selon des critères et des barèmes de notation bien définis. De l’avis de tous, c’est la Catégorie Arts du Spectacle qui est considérée comme la plus importante du GPNAL compte tenu des disciplines représentées et du nombre d’artistes en compétition. Pour cette édition qui vient de s’écouler, il y a eu certes des innovations, notamment, au niveau de la subdivision de la catégorie Arts du Spectacle en deux : La catégorie des expressions culturelles traditionnelles (danse traditionnelle, musique traditionnelle, chœur populaire et vedette de la chanson traditionnelle) et celle des expressions culturelles traditionnelles (orchestre, ballet, Slam et création chorégraphique). Mais, à mon humble vais, je trouve qu’il serait trop prétentieux de porter un jugement sur une danse d’une communauté par rapport à une autre. J’aurai souhaité qu’on les primes entre communautés et les meilleurs de chaque, viennent prester et recevoir leur parchemin lors de la SNC.

Quant au suivie des lauréats après la SNC, le travail incombe à l’Etat de les promouvoir tous ! Ils doivent être régulièrement présents dans les toutes activités tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays et toutes les disciplines couronnées au GPNAL.

Cérémonie d’ouverture : Les vedettes ne sont pas obligatoires

Les spectacles populaires filmés en direct par de nombreuses caméras à travers le monde devraient être encore plus extraordinaires et ahurissants. La Semaine Nationale de la Culture, n’est pas un concert de DJ ARAFAT ou de DAVIDO. Ça devrait être comparé à l’image d’une CAN, d’un Mondial, d’un Carnaval…La musique ne doit pas forcément être l’attraction principale dans une telle cérémonie.

Certes, les artistes musiciens peuvent être conviés, mais ils ne doivent pas être des têtes d’affiches. Ceux qu’on devrait mettre en exergue, ce sont les performances artistiques telles que les ballets, les danses des masques, les spectacles des voltigeurs (équestres), le folklore des différentes communautés, les spectacles lumière…bref tout ce qui met notre patrimoine culturel en avant. Les artistes modernes et tout le synthétique qui gravite autour, devrait être mis en retrait. C’est l’ensemble des cultures de nos soixante communautés qui devrait faire l’objet d’une attraction majeure.

La technique et le spectacle dans toute sa globalité doivent être de qualité. C’est dans de telles manifestations nationales qu’on devrait associer des techniciens et des structures burkinabè les plus compétents qu’il soit. Ce n’est pas parce que nous sommes à Bobo-Dioulasso, que l’on doit tout confier aux acteurs de la région. C’est le mérite et les compétences des uns et des autres qu’on doit mettre en exergue. La SNC n’est ni pour Ouagadougou, ni pour Bobo-Dioulasso, mais elle est pour le Burkina Faso. Pourquoi ne pas faire appel à nos structures et techniciens de pointes que nous avons ? Ils sont pourtant sollicités partout dans le monde, mais négligés chez eux. Je pense à l’ingénieur de son Oubda Eliezer, aux NAK (qui possède une bonne expertise en matière d’organisation), à la structure FASO SCENO et autre en matière de scénographie etc. Faites appels à vos fils et filles du pays et donnez-leur ce qu’ils veulent pour réussir «leur» SNC. L’amateurisme et le copinage doivent être proscrits quand il s’agit de cause nationale et de devoir patriotique.

Valorisons notre culture au moins pendant une semaine

Il est vrai que certains parmi nous trouvent ça comme une vilénie d’exhiber leur culture. Mais de grâce, pendant la SNC à Bobo-Dioulasso, faisons un effort de parler et de vivre culturellement. Comment dans une foire ou dans les différents stands homologués par la SNC, durant toute une semaine, on ne joue même pas de la musique burkinabè ? Il faudrait prendre des mesures idoines pour y remédier.

La cité des Artistes

Les personnes plus importantes dans une SNC, sont les artistes toutes tendances confondues. Sans eux pas de SNC ! Mais, ils plus mal logés, abandonnés parfois à leur propre sort. Ils dorment de façon mixte parfois en même le sol dans les salles de classe. Tandis que les «autorités» sont choyés et on leur déroule le tapis rouge. Pourtant, si une gigantesque cité des artiste était construite, non seulement, ils allaient mieux s’épanouir pendant la SNC, mais cette cité pouvait également servir de Motel aux autres acteurs culturels et artistes qui viendraient séjourner pendant l’année pour d’autres activités. Les frais de location pourront non seulement renflouer les caisses de l’Etat mais également assurer sa maintenance.

Je préfère boucler mon post à ce niveau bien qu’il demeure encore d’autres points à relever…mais néanmoins une question reste en suspens sur mes lèvres. Pourquoi la discipline théâtre n’est suffisamment présente à la SNC?

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Categories: Chroniques

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