Mega Nuit du Faso : Ils ont frôlé la perfection

La première édition de la Mega Nuit du Faso s’est déroulée à Lyon le 21 octobre 2017 dans une salle saturée envahie par un public hétéroclite venue presque des différentes villes de France et des pays voisins. Organisée par la jeune structure Balafon Production sous l’œil vigilant de Daspro-Monde, cette première édition aura tenue toutes ses promesses sur le plan organisationnel et artistique avec néanmoins quelques zones d’ombres. Mais à Ouagadougou, on parlerait de «succès phénoménal».

Initiée par ses pairs dans le seul but de promouvoir les idéaux sankaristes sur le plan artistique et culturel, la Mega Nuit du Faso se veut un festival de cultures de la diaspora panafricaine qui met en exergue le patrimoine culturel burkinabè et l’émergence de nouvelles cultures. Ceci, dans le but de définir des solutions au développement de ses différents projets, se basant sur un travail collectif, fondé sur le partenariat avec des institutions publiques, privées ou non à la fois de la diaspora africaine et du Burkina Faso en particulier. C’est en sommes, présenter de nouvelles formes d’expression, de contacts, de diffusion et de promotion des œuvres africaines en tenant compte des idéaux du Capitaine Thomas Sankara.

Pour cette première édition, qui s’est déroulée sur une seule journée, le comité d’organisation s’est appesanti sur le lancement de son projet qui consistait d’abord : à commémorer le trentenaire du triste anniversaire de l’assassinait du guide de la révolution burkinabè Thomas Sankara. A travers une conférence débat animée par la célèbre association SUIVIE. Elle a été créée en 1984, dont l’objectif est de dénoncer toutes les formes d’intervention néocoloniale française en Afrique et elle milite pour une refonte réelle de la politique étrangère de la France en Afrique. Cette association rassemble surtout les citoyens et citoyennes du monde qui désirent s’informer, se mobiliser et agir. Entre expositions d’œuvres d’art, stands et dégustation de dolo (boisson traditionnelle burkinabè) d’une part et conférence débat d’autre part, le public qui s’était déplacé depuis 14h, s’est agglutiné dans la salle autour du conférencier Nicolas pour débattre de la politique française dans les pays africains.

Le réalisateur Galadio Parfait Kabore du documentaire à succès «Place à la Révolution » a présenté en exclusivité à Lyon, son film sur les évènements qui se sont déroulé les 30 et 31 octobre 2014 au Burkina Faso, qui a conduit au départ de l’ancien Président Blaise Compaoré. L’un des acteurs clé de cette insurrection, Sam’s K Le Jah était l’invité d’honneur de cette première édition. Son intervention à cette tribune a été suivie avec beaucoup d’intérêt. En effet, l’ex animateur de musique Reggae de la célèbre radio burkinabè Ouaga FM, a tenu un langage de vérité sur certaines préoccupations des participants et notamment, concernant les réalisations faites par Thomas Sankara. Sam’K Le Jah est aussi revenu sur d’autres sujets tels que ; la construction d’un mémorial Thomas Sankara (qui n’est pas un monument), le parcours de Sankara, ses idéologies, les conditions de la femme, ses réalisations, ses amis et ennemis.

Déplorant quelque peu le manque de coordination du comité d’organisation, les participants à ces rencontres professionnelles ont été confrontés à un véritable tohubohu proféré par les autres festivaliers qui s’acharnaient sur les stands de « Dolo», perturbant quelque peu le déroulement de la séance de débat.

C’est à 20h que la somptueuse salle 6-9 a laissé place au spectacle ! La présidente de Balafon Production, Nadya Bonnardel, affichait un air extrêmement concentré dans la salle faisant des va-et-vient en interpellant individuellement les festivaliers qui se sont introduites dans les loges des artistes afin de s’acquitter de leur ticket d’entrée et ensuite de regagner la salle. Discipline, sécurité, billetterie, repas et surtout la bière coulait à flot. Les rencontres inimaginables se faisaient dans les coins des couloirs et dans les loges entre artistes Des artistes burkinabè célèbres à Ouaga, qui se sont installés en Europe font leur apparition ; Maoré, Kal Fajass, Adama Zongo, Kas Ful Guess… et surtout un certains Yacou dit le «Fils de Salif Keita» (propriétaire d’un ex studio à Ouagadougou) qu’on a aperçu spontanément dans les loges et qui est ressorti. Le très discret et célèbre producteur Dadass de Daspro-Monde, s’est fait courtisé par de nombreux artistes présents dans les coulisses.

Des contacts, des projets, des rendez-vous se sont continuellement noués entre ce prolifique jeune producteur et les acteurs culturels de la diaspora. Les artistes et promoteurs des autres pays africains, n’ont pas marchandé leur présence à la Mega Nuit du Faso. On peut citer la structure Samaké&Co dirigée par Kader Samaké et Chouchoubass, le gotha du showbiz réunionnais Metod Solon ou encore les directeurs des festivals de musiques urbaines de Vichy et de Montreuil. Le Président de l’Association des Burkinabè de Lyon, Marcelin Some était dans les premières loges. Les structures œuvrant pour la promotion des idéaux de Sankara à travers le balai citoyen notamment de Montpellier étaient magistralement représentées.

Animée de main de maître par imprésario Juvénal Noel, journaliste à Radio Pluriel à Lyon, c’est l’artiste Yizih qui a ouvert la brochette du live devant un public qui a commencé progressivement a regagné la tête du podium. Contrairement au Faso, la salle est dépourvue de chaises et de tables. Le public s’éclate avec les artistes sur scène. Çà danse de partout avec un verre de dolo en main, de bissap ou de bière… les artistes Sadoo, Philipo ou encore Djabty Jah ont su admirablement bien fait monter le mercure dans la salle lors de leurs différents passages. Ce qui a permis aux mélomanes multicolores de se jeter dans ce bain d’ambiance carnavalesque. C’est une sonorisation équipée et harmonisée pour la circonstance avec des instrumentistes venus du Burkina Faso, de St Etienne, de la Cote d’Ivoire, du Cameroun, du Bénin, de Paris, de Suisse, de la Guadeloupe, de Lyon…

Bomboro Kosso, véritable «bête de scène», en terrain conquis a comme à l’accoutumé, emballé le public tout d’abord avec le groupe Douni-Douni ensuite en solo. Véritable icône de la musique africaine à St Etienne où il réside, Bomboro Kosso annonce la sortie de son quatrième album très bientôt avec plusieurs fusions camerounaises, françaises et burkinabè ! Joe Pilgrim, lui aura également emboîté le pas sur cette scène qui s’est entre temps métamorphosée en un véritable délire musical.

Saly Z ! Première apparition en terre française, ovation tonitruante ! Sans faire dans le chauvinisme, la coqueluche de la musique burkinabè aura été celle qui créa une véritable sensation. Pour l’ensemble des mélomanes de la diaspora, ils découvraient Saly Z pour la toute première fois en exclusivité première. Aucun stress ni timidité n’est apparu lors de sa double prestation. L’auteure de «Kanou » a remué la salle dans tous les sens sous le regard ahurissant de Dadass ; «C’est une véritable bête de scène. Elle donne de la vitalité à son public » abdique le PDG de Daspro-Monde. A l’issue de sa prestation, c’est une horde de néo-fans qu’il l’a accosté dans les coulisses. S’en sont suivis plus trad, de longs entretiens avec les organisateurs de spectacles dans la zone retranchée aux artistes, promoteurs et journalistes.

Kass Kadé, venu également tout droit de Bobo-Dioulasso aura confirmé tout le bien qu’on disait de lui bien avant la Méga Nuit du Faso, sur les ondes et dans les studios de répétition. Il aura été la révélation masculine de la soirée et le staff de Balafon Production est en train de s’atteler pour d’autres projets à son sujet.

Jahkasa, visiblement au four et au moulin entre l’organisation et ses prestations, la cheville ouvrière de cette MNF (Mega Nuit du Faso) affichait avant de monter sur scène un sentiment d’extrême satisfaction pour avoir su relever le défi de cette édition. Il laissait éclater sa joie dans les coulisses et n’hésitait pas à glorifier les acteurs culturels qui l’ont bénévolement accompagné dans cette mission. Pour les plus proches de l’artiste, ce n’est pas sa prestation qui était attendu, dans la mesure où ils savent de quoi il est capable et ce qu’il a déjà prouvé en terre française. Mais néanmoins, ils n’ont pas hésité à communier avec lui sur scène lors de sa prestation euphorique teintée d’élucubrations.

Sam’K Le Jah et cet intrus qui a terni sa fin de prestation

Très attendu par les Lyonnais et toute la diaspora burkinabè qui s’est déplacée de divers horizons pour écouter ses messages, suivre sa prestation et surtout l’acculer de photos et selfi toute la journée, le leader de l’insurrection populaire au Burkina Faso avait tenue tout le public en haleine aux côtés de mignons enfants sur scène jusqu’au moment où : patatras ! On voit surgir discrètement sur scène un monsieur au look actuel barbu, diligenté par son mentor, prendre le micro de la star Sam’s K Le Jah pour une improvisation en duo. Effaré, l’Homme du Balai Citoyen lui cède le micro et s’en est suivi un interminable one man show de ce DJ nommé Tiesco le Sultan. Les paroles qu’ils vociféraient dans le micro étaient en déphasage avec le message de Sam’s K Le Jah. Malgré que ces mentors qui lui avait demandé de monter sur scène de passer le micro à Sam’s K Le Jah, il a refusé d’obtempérer. Il a fallu l’intervention de Dadass pour le voir descendre du podium. Ce qui a quelque peu fait bouder les mélomanes qui venaient plutôt voir Sam’K. Heureusement que ce dernier était à la fin de sa prestation et il avait déjà distillé l’essentiel de son message au public.

Une Mega Nuit du Faso qui aura rempli toutes ses promesses. C’est au petit matin comme initialement annoncé que cette édition a mis clé sous son paillasson. De l’avis de l’ensemble des mélomanes présents, «Nous avons assisté à une organisation parfaite ! Aucun couac, aucune ne bagarre comme on le voit ailleurs. La bouffe et la boisson étaient présents à gogo. Vivement que l’Afrique de cette façon nous soit régulièrement présenté comme ça à Lyon » affirme une française Mme Cécile Blondel au sortir de la salle avec son époux toute en sueur dans cette climat glacial.

La structure Balafon Production peut se frotter les mains tout comme Karim Jahkasa et Daspro-Monde d’avoir relevé un défi majeur, de réunir une trentaine d’artiste européens et africains en live pour célébrer THOMAS SANKARA !

Quelques insuffisances peuvent néanmoins être prises en compte pour les prochaines éditions.

– Le choix et le style musical des artistes. La musique africaine ne se circonscrit pas qu’au reggae. Hors mis la prestation des percussions et de Saly Z, les artistes d’obédience reggae ont été majoritaire.
– Certes, compte tenu des moyens limités et surtout de l’absence des sponsors et partenaires financiers, la MNF s’est déroulé sur une journée. Ce qui a empêché d’autres activités de prospérer telles que ; les masters class, initiation djembé, le stand enfants etc.
– Le podium assez exigu et une salle petite. Une scène plus vaste et haute pourra davantage permettre aux artistes de s’éclater
– Beaucoup de chamboulements dans le conducteur de la soirée
– Absence totale d’une véritable régie lumière digne d’un spectacle
– Absence d’un véritable fond de scène avec l’effigie ou le logo de la Mega Nuit du Faso

Vivement une prochaine édition plus professionnelle avec la participation effective du consul de la ville de Lyon et de l’attaché culturel de l’Ambassade du Burkina en France.

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Categories: Chroniques

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