Bruno Jaffré, auteur du recueil « THOMAS SANKARA, la liberté contre le destin »

«Le sankarisme politique reste à construire »

J’ai eu le privilège d’échanger avec ce Monsieur, non des moindres en la personne de Bruno Jaffré. Il vient de mettre sur la publique, un recueil des discours de Thomas Sankara. Celui-là même qui reste une figure révolutionnaire de premier plan pour la jeunesse africaine.
Bruno Jaffré l’avait rencontré au temps de la révolution et par la suite, il s’est largement consacré à l’actualité socioculturelle et politique du temps de la Révolution.
Je suis allé à sa rencontre pour échanger avec cet auteur, notamment concernant son recueil de 477 pages intitulé «THOMAS SANKARA, la liberté contre le destin ». Il a été préfacé par le célèbre économiste Ra-Sablga Seydou Ouédraogo de FREE AFRICA. Il sera présenté dans quelques instants du côté du Centre de Presse Norbert Zongo.

Voici ce qui en ressort de mes échanges. Entretien exclusif !

Vous êtes l’auteur de ce recueil, dans quelle circonstance avez-vous rencontré Thomas Sankara ?
Juste une précision, ce sont les discours de Thomas Sankara et je ne suis que celui qui les présente avec quelques textes à l’intérieur. J’ai été membre du parti communiste à l’époque en 1983, que j’avais quitté en 1986. J’avais écris un article sur la Côte d’Ivoire où j’avais vécu pendant 2 ans et la personne qui m’avais permis d’écrire cet article, me demandait de rencontrer Thomas Sankara si je voulais écrire un autre article. C’est dans ces circonstances que je suis arrivé à Ouagadougou et j’ai rencontré des amis avec qui, nous sommes devenus proches. Je pense à André Nyamba ou encore Fidèle Toé, qui m’ont assisté à l’entretien. Il se trouvait que le seul couple que je connaissais à Ouagadougou, était un couple mixte. La jeune fille était une française et je lui avais donné des cours de mathématique, ce couple m’a permis de rencontrer Thomas Sankara. Nous avons eu une longue discussion pendant 3h et c’est ce qui a déclenché tout le travail qui a suivi. Pendant la Révolution, j’ai essayé plusieurs fois de le rencontrer mais ça n’a jamais été possible, parce que les gens qui entouraient Thomas Sankara, ne voulaient probablement pas que je le rencontre parce que j’étais dans le parti communiste et également, je tenais à passer par la voie officielle et non par des amis.

Comment vous avez obtenu les discours inédits de Thomas Sankara ?

Il y a d’abord ceux qui avaient été publié et qu’on a copiés, il y a quelques uns dont je possède les enregistrements. J’avais demandé d’ailleurs à certains jeunes au Burkina de m’aider à faire la retranscription car c’était fastidieux. Et puis il y a d’autres ici qui m’ont été offert par des amis tels que Daouda Coulibaly, qui est venu de lui-même aux archives de SIDWAYA m’en trouver quelques uns et par la suite, il devenu collaborateur du site de thomassankara.net. Donc les sources sont relativement différentes et je regrette en particulier de ne pas avoir retrouvé le discours de la deuxième conférence nationale des CDR. J’ai donc mis celui de la première. Mais celui-là est considéré comme très important et je ne l’ai pas jusqu’à présent. Je lance d’ailleurs un appel à tout ceux qui ont des discours de Thomas Sankara à s’adresser à moi ou au site pour les récupérer et particulièrement, celui-là qui est assez recherché.

Pourquoi vous avez décidé de sortir ce recueil après le départ de Blaise Compaoré ?

Ça ne faisait pas partie de mes projets. J’avais plutôt des discours déjà écoutés. Puis après, j’ai commencé à rechercher des discours inédits et m’arranger en sorte que ce recueil sorte avant le 15 octobre, anniversaire de son assassinat. Parce qu’il y aura beaucoup de commémorations dans le monde entier ce jour-là.

Au regard des discours de Sankara, 30 ans après sa mort, la jeunesse s’identifie-t-elle à lui ?

Certainement, c’est vous qui pouvez me le dire. Moi je ne vis pas régulièrement ici, mais en tout cas je le ressens car je suis beaucoup connecté sur facebook. Mon identifiant est « c’est pour sankara justice », on ressent la présence de Sankara grandissante. Sous Blaise Compaoré, c’était le contre-modèle, on voit le bien. Et aujourd’hui, l’’insurrection normalement aurait du donner les perspectives. Petit à petit, les gens pensent qu’avec cette situation politique actuelle, on aura du mal à faire démarrer le pays de façon importante comme Thomas Sankara a pu le faire en peu de temps. Il est donc important pour nous de sortir des quelques citations que les gens balancent en permanence et les mettre à leur disposition dans un but pédagogique. Au lieu de ne donner que les discours, mais donner aussi des textes qui forment un tout, pour ceux qui veulent s’intéresser à Thomas Sankara.

Ce qui est très important, c’est de présenter chaque discours dans son contexte de façon progressive. Je considère que le discours livré de Thomas Sankara, sans un environnement propice, sera perçu plutôt comme un slogan et non comme une formule pédagogique. Il est aussi important de savoir que cette révolution n’a pas été toute droite. Il y a eu des retours en arrière, des échecs, des réussites, des réformes qui ont été annulées comme celle de l’éducation nationale etc. Donc les différents discours donnent des réponses à certains questionnements d’aujourd’hui. Ce qui est intéressant ; la plupart des discours qui sont dans ce recueil, beaucoup sont inconnus. Ce sont des discours qui sont pragmatiques dans la mesure où, ils avancent des idées politiques et essayent de présenter où on en est et voici que qui nous attend. Sankara fait critique, une autocritique et il lance de nouveaux projets.

Dans votre recueil, il est ressorti que certains hommes politiques et autres, perçoivent les discours de Thomas Sankara comme un slogan. Est-ce que ses idéaux peuvent être adaptés dans le contexte actuel ?

Je dirais que pour éviter de ne pas subir une forme de pression extérieure, ces discours peuvent être perçus comme des messages à une prise de conscience pour un changement de comportement. Car il y a certains discours qui n’avaient jamais été divulgué et qui étaient exclusivement destinés au contexte national. La Banque mondiale, les bailleurs de fonds et autres institutions internationales ont certainement changé leur politique économique sur l’Afrique, mais ils continuent de leur donner de l’argent s’ils se soumettent à leurs principes. C’est très important de le dire. Car Sankara avait refusé ce modèle, mais le prix à payer pour la population a été lourd ! Aujourd’hui il y a tout de même des salariés beaucoup plus importants, il y a aussi des entreprises du secteur secondaire mais, on est un dans la même situation. Le Burkina reste un pays pauvre. Bon…Le PNDES dit qu’il y a une partie qui provient des ressources nationales mais l’apport extérieur est extrêmement lourd dans ce projet.

Vous avez cité dans votre recueil deux artistes et acteurs de la société civile en occurrence Sam’s K Le Jah et Smockey. Pensez-vous comme d’autres, qu’ils ont été des précurseurs de cette «révolution » que Thomas Sankara avait toujours inculquée à son peuple ?

Il y a une différence entre ces deux musiciens et la vie politique. Je tiens à souligner que ce sont des amis assez proches, notamment Sam’s K Le Jah. Nous nous sommes côtoyés depuis 2007, puis après Smockey, donc nous avons des rapports relativement étroits même si la distance nous sépare. Il y a la question du sankararisme en tant qu’idéologie politique. Donc par conséquent, ils ont joué un rôle important, d’abord parce qu’eux-mêmes, ils parlent régulièrement de Thomas Sankara. Je me rappelle Sam’s K Le Jah organisait assez souvent des rencontres avec des témoignages etc. Ils ont bourlingué avec Ciné Droit Libre dans l’ensemble du pays accompagné des films. Moi-même j’ai assisté à une projection à Pô, j’ai été impressionné ! Presque 1000 personnes dans la rue, ils passent cinq voire six heures de films et il y a des échanges qui sont difficiles dans le fond des choses mais au final, il y a débat. Donc ils ont contribué au fond des choses, à la naissance du mouvement social qui s’est terminé en insurrection et qui a finalement fait chasser Blaise Compaoré de leur façon.

Mais ce ne sont pas des dirigeants politiques ! C’est un peu la limite si vous voulez. Ils se sont transformés en mouvement citoyen même s’ils forment des jeunes à être des citoyens à s’engager dans la vie politique. Mais ce ne sont pas des dirigeants politiques en tant que tel, ce sont des porte-voix de la jeunesse. La question du Sankarisme politique, pour ma part…pareille avec Monsieur Benewendé Sankara, nous avons des très bons rapports. Nous avons régulièrement collaboré ensemble sur plusieurs sujets avec Madame Sankara. Mais au fond de moi, je considère que le sankarisme politique reste à construire. C’est-à-dire que les partis sankaristes se cherchent ! Ils ont perdu beaucoup de temps à se quereller entre-deux et il n’émerge qu’aujourd’hui le parti de Benewendé Sankara. Le sankarisme est aujourd’hui extrêmement compliqué à adapter. Nous sommes dans une situation entièrement différente. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer que les militaires vont prendre le pouvoir etc. Il faut reconnaître aussi que la réalité du pouvoir de Thomas Sankara, tenait beaucoup aux mains des militaires, même s’il y avait des civils. Donc voilà pourquoi, c’est très important de repenser tout ça ! Je pense qu’il y a des choses qui sont intéressantes dans le Balai citoyen, notamment dans l’existence de Clubs de quartier.

L’idée forte de Thomas Sankara, était d’appuyer son pouvoir, sur un pouvoir décentralisé. Il y a eu certes des dérives, il ne faut avoir peur d’en parler. Les CDR ne sont pas exemplaires, mais il y avait des tentatives de contourner l’administration publique et de donner un pouvoir direct dans la gestion des quartiers. J’ai été là pendant la révolution et je voyais bien que les CDR s’occupaient pratiquement de toute la vie des quartiers. Ils allaient même jusqu’à arrêter les voleurs. Des fois même, ils les frappaient dans leur permanence mais aussi, ils les amenaient à la police. Donc il y a cette idée de pouvoir populaire qui s’exerce à la base et il y aussi des idées constructives. Je citerais par exemple les conférences nationales des CDR dans lequel, on décidait de l’orientation nationale. Donc aujourd’hui, on est confronté également à ça en termes de grèves à la fonction publique etc. C’est-à-dire que les gens continuent à défendre leur salaire avec raison. Mais en même temps, vous êtes un pays en guerre et ça demande beaucoup de moyens etc. C’est une ponction très importante du budget national et donc c’était la même réflexion qui était au cœur des préoccupations de Thomas Sankara.

Qu’est ce qui justifie le choix du titre de votre ouvrage. «Thomas Sankara, La liberté contre le destin » ?

Il est issu d’un discours qui m’était donné par une de mes sources. C’est un jeune français qui était arrivé ici et qui avait beaucoup circulé. C’est donc tiré d’un discours dans lequel, il explique ça. C’est une phrase qui plaît à un éditeur ! Vous voyez quelqu’un qui est sensé être croyant, car Sankara était très croyant. Le destin, c’est quelque chose de lier à la religion. Pour les gens ; il y a Dieu qui nous a écrit ce qu’on allait devenir et beh…Sankara dit non ! Si on veut la liberté, ça veut dire qu’on est capable de l’obtenir ! Après il y a une deuxième projection : Le destin, c’est ce que les forces dominantes nous imposent devant être notre avenir. Ben… Sankara dit non ! Nous luttons pour notre liberté et donc il faut s’opposer au destin que d’autres ont choisi pour nous.
Jabb’Art !

Categories: Actualités

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