Kevinson : « Je n’ai que des ennemis au Togo »

KevinsonIl est l’un des arrangeurs le plus sollicité du moment. TCHEMBA Laly Feikandin plus connu sous le nom de KEVINSON s’est établi au Burkina Faso il y’a dix (10) ans. Togolais de naissance, ce jeune ingénieur de sons et arrangeur de musiques, fut dans un premier temps, technicien et animateur de radio dans son pays avant de s’exiler au Burkina Faso pour échapper à un enrôlement dans l’armée. Son parcours, ses rapports avec les artistes et sa vision de la musique en passant par bon nombre de confidences, visiblement le FAMA du meilleur arrangeur de 2015 avait souhaité se libérer de quelque chose. Dans l’interview qui suit, KEVINSON à cœur ouvert se prête à nos questions.

St Pierre Communication (S.P.C) : Comment peut-on te présenter à nos lecteurs ?

KEVINSON LALY (K.L ) : À l’état civil, je me nomme TCHEMBA Laly Feikandin alias Kevinson Laly. Je suis arrangeur, ingénieur de sons et compositeur.

 » J’AI DORMI TROIS MOIS À LA GARE STAF  »

S.P.C : D’où vient ton surnom Kevinson ?

K.L : C’est une longue histoire….rires. Pour la petite histoire j’ai commencé comme technicien radio à la suite d’un test de recrutement sur une radio dans mon pays. Et après la formation, le formateur a décidé que je sois à la fois animateur et technicien. Il a fallu se trouver un surnom pour se présenter à l’antenne. J’ai donc décidé de porter d’abord le surnom El Kevine durant plusieurs années. Et c’est lorsque ma famille a voulu que j’intègre l’armée que j’ai fuis pour me retrouver au Burkina Faso le 31 mai 2007.

S.P.C : Comment s’est faite ton intégration au Burkina Faso?

K.L : Hum…à mon arrivé ici, j’avais Sept Mille (7000) F cfa en poche. J’ai dû dormir pendant trois (03) mois à la gare STAF. Je ne connaissais personne à Ouaga donc, j’étais obligé d’élire domicile au sein de la gare. J’ai eu ensuite la chance de tomber sur une famille d’accueil en l’occurrence, la famille BONKOUNGOU qui a décidé de m’ouvrir ses portes. J’ai alors par la suite intégré le monde de la nuit en qualité de DJ au Podium. Pendant deux (02) ans, j’ai évolué dans ce métier qui m’a permis de rencontrer les artistes tels que Dez Altino , Djata Ilébou dite la vieille mère , Miss Wedra et Karim Dika. J’ai composé un beat pour le groupe salouka composé de Greg, Fush, Bertrand COULIBALY et Arun. C’est avec mon beat qu’ils se sont présentés à un concours. Ensuite on m’a engagé au studio Yam’s. Je me suis formé aux instruments là-bas jusqu’en 2010 où j’ai rejoint le studio de Safari Production. J’y suis resté pendant deux (02) ans avant de me retrouver au studio AZAF. Et c’est en 2013 que j’ai ouvert mon propre studio.

S.P.C : Arrangeur, ingénieur de sons et compositeur. Qu’est-ce qui te passionne autant dans ce métier?

K.L : Moi, j’adore la musique, mais pas pour de l’argent. La preuve est que j’ai fait trois ans (03) ans sans me déclarer au BBDA (Bureau Burkinabé du Droit d’Auteur). C’est le BBDA qui a fait ses recherches et m’a retrouvé. C’est ainsi qu’ils m’ont invité à venir me déclarer. Ceux qui me connaissent savent que je mets pas l’argent avant le travail.

 » JE SUIS UN ENFANT BÉNI  »

S.P.C : Dans votre carnet, il y’a plus d’une centaine d’artistes que vous avez arrangé. Plus de la moitié ont eu du succès. Finalement quel est votre secret ?

K.L : rires….ce n’est pas facile. Mais c’est comme j’ai l’habitude de dire à beaucoup d’artistes, moi je suis un enfant béni. Simplement parce que je ne sais pas d’où vient mon inspiration. Quand je commence un son, mon flair me dit que ça sera un tube et effectivement quand je finis c’est toujours un succès. Les mélodies et autres instruments me viennent seuls à l’esprit. Je n’ai pas de secret particulier.Kevinson2

« DONSHARP DE BATORO EST LE SEUL QUI CONNAÎT MA VALEUR ».

S.P.C : Qui a été le premier artiste burkinabé qui t’a révélé ?

K.L : Le premier artiste qui m’a révélé ce fut Donsharp de Batoro avec son titre « l’Afrique vous parle » Il a été mon ami de galère. Quand je l’ai croisé ça n’allait pas aussi chez lui. Il est le seul jusqu’à ce jour qui connaît ma valeur. C’est le seul qui sait qui, je suis au fait. Il me connaît, tout comme le connaît bien. Quand il compose je sais déjà automatiquement ce qu’il veut. Il y’a une belle complicité entre nous deux. Quand on a fini d’enregistrer l’Afrique vous parle, il m’a dit ceci:  » Kevin, grâce à ce titre tu deviendras un grand de même que moi je serais un grand. Tu seras tellement grand qu’un jour tu me diras que je n’ai pas le temps pour t’enregistrer « . Et aujourd’hui, je constate que c’est une réalité. Il est arrivé parfois où je lui dit effectivement que j’ai pas le temps pour l’enregistrer.

« ON M’APPELLE ARRANGEUR POUBELLE  »

S.P.C : Est-ce qu’il t’arrive de fois de refuser d’arranger un artiste parce qu’il ne cadre pas avec ta vision?

K.L : Oui plusieurs fois. Mais, moi je ne refuse pas un artiste. Je reconnais que même ceux qui sont grands de nos jours ont été petit de par le passé. Je donne la chance à tout le monde au point que certains artistes m’appellent arrangeur poubelle. Mais je sais pourquoi je fais cela. L’artiste que je refuse aujourd’hui pourrait être grand demain. Lorsqu’un artiste arrive chez moi et a des difficultés pour chanter, je le mets en contact avec mon directeur artistique qui n’est personne d’autre que le « Vieux Vincent » pour le coaching . Une fois le contact établi il s’entraîne avant de revenir pour l’enregistrement. Certains artistes trouvent que chez moi on y met trop de temps. Et la plupart, ce sont ces artistes qui ne chantent pas bien qui s’en plaignent. Donc, moi je ne refuse pas un artiste mais, ça prendra le temps qu’il me faut pour bien faire le travail. Si ce n’est pas bien fait, je ne livre pas le son.

S.P.C : Certains artistes estiment que tu as tellement d’artistes sous la main que tu fais maintenant du coupé collé dans tes arrangements.

K.L : Chacun est libre de me juger ou de me critiquer comme il l’entend. Je ne fais jamais du coupé collé et ceux qui ont travaillé avec moi le savent tous. Un artiste qui vient chez moi, je fais sa programmation en fonction de sa chanson. C’est vrai que ceux qui sont dans le coupé décalé ont la possibilité de faire du coupé collé. Mais à mon niveau, moi je donne la possibilité à chaque artiste d’avoir une identité. Quand j’ai fait le son sur le featuring DJ Barça et Sofiano, certains artistes dont je tairais les noms, m’ont demandé de leur reproduire le même beat. Il y’a des chansons qui se ressemblent mais souvent ce n’est pas de ma faute. Et c’est à cause de tout cela que j’ai un deuxième directeur artistique en la personne de Vincent 17. Il m’alerte à chaque fois que je fais de la répétition dans un son.

 » JE TROUVE QUE LES ARTISTES TRICHENT »

S.P.C : On estime aussi que tu es trop cher.

K.L : Bon! Je t’explique quelque chose. Moi, je suis à Cent mille (100.000) fcfa par titre. Maintenant, il y’a des artistes qui viennent négocier pour Quatre Vingt Mille (80.000), Soixante-Quinze Mille(75.000) voire Cinquante Mille (50.000)fcfa le titre. Mais, vous voyez, dans les Cent Mille (100.000) fcfa, c’est moi qui gère le guitariste, les choristes etc…je me retrouve à Cinquante mille (50.000)fcfa. Et c’est dans ça je dois déduire Kevinson1mes frais d’électricité, le loyer et les frais d’entretien. Donc en réalité c’est pas grand chose. À ceux qui me proposent Quatre-vingt Mille (80.000)fcfa ils reviennent après pour me demander de leur trouver un instrumentiste ou choriste et après déduction on se retrouve à Cent-Vingt (120.000) fcfa. Et là, ils sont prêts à payer le prix. Je trouve même que les artistes trichent. Imaginez un artiste qui quitte Ouaga pour aller enregistrer à Abidjan. Il lui faut payer son transport allé et retour, son logement, sa restauration. Le studio le moins cher à Abidjan est à Deux Cent cinquante mille (250.000) fcfa. Le guitariste coûte Cinquante mille (50.000) , le choriste Trente Mille (30.000) et c’est le même artiste qui revient te négocier pour enregistrer à Soixant-Quinze Mille (75.000) et malgré tout, c’est celui fait à moindre frais qui cartonne. Je déplore cela parce que je suis allé arranger des artistes à Abidjan et j’ai été bien payé. J’ai fait dix (10) jours seulement à Abidjan et on m’a payé Deux Millions(2.000.000) je ne voulais plus revenir.

S.P.C : Comment reconnaître un arrangeur professionnel et un amateur ?

K.L : Hum! Chaque arrangeur à sa vision. Moi personnellement, je ne saurai vous dire que je suis professionnel ou pas. Le jour où je prendrai un avion pour aller enregistrer un artiste comme Youssou N’Dour ou les stars américaines, c’est ce jour que je pourrais me considérer comme un arrangeur professionnel. Si non moi je continue d’apprendre toujours.

« Il Y A TROP D’INGRATS DANS CE MÉTIER »

S.P.C : Quelle sont les difficultés que tu rencontres dans ce métier ?

K.L : Il y’a trop d’ingrats dans ce milieu. Ce métier est comme une femme. Si tu es belle, tout le monde te cours après. Mais dès que tu fanes un peu on te fuit. Dans le passé il y’a des gens qui ne voulaient pas mangé avec moi. Aujourd’hui ils sont avec moi parce que je suis devenu Kevinson. Certains artistes m’ont ouvertement dit qu’ils ne viendront pas chez moi. Je suis désolé mais je vais citer un nom qui m’a marqué. Il s’agit de Razben. Un jour dans une causerie j’ai eu à le taquiner et je lui ai demandé pourquoi il ne vient pas enregistrer chez moi? . Il m’a répondu, Kenvin tu n’es pas encore arrivé. Ton genre musical ne me plait pas. Le jour où tu seras dans la tendance urbaine,je viendrai te voir. Je ne sais pas ce qu’il appelle tendance urbaine mais ça m’a marqué. Je lui ai simplement promis de m’améliorer. Puis trois (03) mois après, c’est lui qui m’appelle pour demander de retravailler sur son titre Hololodjè. Simplement parce que c’est le représentant de Trace Tv au Burkina qui lui a recommandé chez moi. Quand j’ai repris le titre, aujourd’hui,c’est le titre qui passe en boucle sur Trace et c’est le même titre qu’il joue plus dans les concerts. Cela ne m’a pas vexé au contraire ça m’a rendu grand. Et depuis lors, je travaille tous les jours . Le jour où je ne pourrais pas satisfaire 10/20 je ferme mon studio.

 » JE N’AI QUE DES ENNEMIS AU TOGO  »

S.P.C : Est-ce qu’il t’arrive de fois de vouloir repartir chez toi vu que tu as du succès ici?

K.L : Je n’ai pas encore du succès. Personnellement, je n’y pense même pas. Il est bien vrai que je suis Togolais de naissance mais je me sens mieux ici au Burkina. Je me suis marié à une samo qui m’a donnée deux (02) enfants et en plus tous amis sont dans ce pays. Au Togo je n’ai plus d’amis. Je n’ai que desKevinson3 ennemis. Je te le dit aujourd’hui, avec mon succès ici, au pays les gens interprètent mal et nombreux pensent que j’ai réussi alors que ce n’est pas le cas. Du coup, ils m’en veulent. Mais ils ne savent pas ce que j’ai traversé pour en arriver ici. Donc, je ne pense pas retourner chez moi, si ce n’est aller rendre visite à ma famille. Le Burkina m’a tout donné et je me plaint pas.

S.P.C : Comment tu vois l’avenir de la musique burkinabé ?

K.L : La musique burkinabé a beaucoup évolué. Ceux qui pensent le contraire sont des aigris. Aujourd’hui, la musique burkinabé est diffusée sur des chaînes internationales et c’est la preuve qu’elle a évolué. Il y’a quelques années, ce n’était pas le cas. Seulement, je souhaite que nous les arrangeurs arrivent à créer une identité musicale au Burkina Faso. Pour exemple, quand on écoute du bikutsi automatiquement, on sait que ça vient du Cameroun. Le coupé décalé on l’attribue à la Côte d’ivoire de même que le Ndombolo qui est congolais. Pourquoi pas le Burkina qui compte plus de treize (13) régions avec des rythmes traditionnels et spécifiques que l’on n’arrive pas à exploiter. Le liwaga que je fais c’est du coupé décalé. Et Prince Édouard OUEDRAOGO le fait très bien. C’est d’ailleurs de lui qui je tire mon inspiration. C’est lorsqu’il arrangé le titre « Nonga » de Awa Nadia qu’il m’a convaincu à faire comme lui. C’est le même style que j’utilise avec Dez Altino.

 » JE DOIS EN PARTIE MON SUCCÈS À YVES DE BIMBOULA »

S.P.C : Justement, quels sont tes rapports avec les autres managers?

K.L : Je suis en bon terme avec tous les arrangeurs. Si je prends pour exemple Yves de Binboula, il m’a beaucoup appris à travers son assistance et ses conseils avisés. Il s’est déplacé plusieurs fois dans mon studio pour mixer des sons. Aujourd’hui, je dois en partie mon succès à Yves de Bimboula. Sam ZONGO Étienne reste incontournable. Je partage beaucoup de choses avec lui. Nick ACNOR M’Vondo , mon papa Prince Édouard OUEDRAOGO et tous les autres sont en bon terme avec moi.

S.P.C : Quels sont tes prochains challenges?

K.L : En 2017, je me suis donné pour défi de faire tous mes arrangements des tubes. C’est mon plus grand rêve que tout ce que je vais arranger soit des succès.

Propos recueillis par Sindinmanegdé.

Categories: Actualités

Tags:

Commenter

Votre E-mail ne sera pas communiqué.


8 + 5 =


Newsletter

Tackborse musique et video du burkina   

Entrez vous adresse E-mail pour rester connecté

  • Vidéos
  • Musique
  • Clips
  • Actualité

Soyez les premiers informés des nouveautés sur le site 100% Culture du Burkina Faso

S'abonner!