Bazar Music, emporté par les eaux

moussa kabore

La saison hivernale s’est résolument installée depuis un moment, l’heure est venue de solliciter les vertus de la terre afin de remplir les greniers, c’est une période qui devrait faire le bonheur des populations, mais hélas, depuis quelques années quand le ciel s’obscurcit l’inquiétude gagne les cœurs, la peur d’une possible inondation.

Depuis le 1er septembre 2009, la saison hivernale rime très souvent avec inondations, des inondations avec leurs lots de victimes, leurs lots de drames qui se jouent souvent dans l’anonymat le plus totale.

Voici maintenant sept (7) ans, jour pour jour (un bien triste anniversaire), que les inondations du 1er septembre 2009 ont « noyer » dans le silence le plus total, un des monuments de la musique et de la culture burkinabé, BAZAR MUSIC.

Comment parler de la musique burkinabé des années 80-2000 sans parler de Bazar Music ? Cette maison de production et de distribution audio-visuelles qui a donné ses lettres de noblesse à la musique traditionnelle et moderne burkinabé ? Impossible !!!

Bazar Musique était une maison de production et de distribution audio-visuelle lancée en 1987 par monsieur Moussa KABORE, la création de cette maison est parti d’un constat fait par le promoteur qui était à l’origine importateur de cassettes. Entre 1985 et 1987, Moussa KABORE a fait le tour du monde pour ravitailler le marché burkinabé en cassettes de musiques étrangères très prisées au Burkina, ils faisaient entrer des containers entiers de cassettes pour le bonheur des mélomanes.

Il faisait certes de bonnes affaires, mais a fini par se demander pourquoi il importait de la musque étrangère sans pouvoir exporter de la musique burkinabé en retour. Le constat était simple, les talents était là, mais l’offre de production presque inexistante. Il a donc entrepris de lancer la maison de production Bazar Music afin de caresser le doux rêve de voir les burkinabé consommer de la musique de chez eux, mais surtout exporter la musique made in Burkina à travers le monde. Il a investi beaucoup de ressources et d’argent dans cette mission, il a fait le tour du monde pour vendre la musique Burkinabé à travers ses productions.

Sami-ramaPour ceux qui ne savent pas, Bazar Music a produit entre autres Sami RAMA, la légende Zougnan Zaguemda, BAMOGO de Nombré, Habibou SAWADOGO, Adama ZONGO, Amity Meria, Roger WANGO… un total de 604 catalogues de 389 artistes Burkinabé entre 1987 – 2009, un record jusque-là jamais égalé en matière de production au Burkina Faso.

Bazar Music c’était aussi plusieurs de grands spectacles à travers le pays. Aujourd’hui remplir la maison du peuple ressemble un exploit, il fut un temps où c’était juste une formalité quand Bazar Music alignait son écurie, une maison de production qui a dessiné une génération entière d’artistes burkinabé.

Mais hélas, Bazar Music a « pris l’eau » , »noyer » par les inondations du 1er septembre 2009. Les locaux ont été submergé et le matériels entièrement endommagé, une mésaventure qui a ruiné Moussa KABORE qui y avait investi toute sa fortune.

Nous avons eu un pincement au cœur quand nous avons joint le promoteur au moment où nous préparions cet article.  Ce grand monsieur qui a tout donné à la musique Burkinabé est complètement ruiné depuis 2009. En parlant de ses débuts, il dit ceci :

Quand je venais à la production, j’étais une personne qui était bien posée (aisée), donc j’ai mis mon savoir-faire, ma force, et mon argent pour pouvoir promouvoir cette culture…je me souviens quand j’avais commencé la production, à ma première cassette, un burkinabé est venu dans ma boutique pour acquérir des artistes étrangers. J’ai profité lui montrer un artiste que je venais de mettre sur le marché, et qu’est ce qu’il a dit ? Il m’a dit de l’excuser, que lui il est burkinabé mais lui il n’écoute pas la musique Burkinabé….c’est pour dire que le début a été dur. On produit mais ça ne marche pas, mais on continue à produire, l’objectif est de tout faire pour que la musique burkinabé s’impose au Burkina, et tout faire pour que la culture Burkinabé aussi aille comme pour les autres pays que nous entendons, que nous aimons.

Aujourd’hui il vit de la vente d’abonnements Canal+ et des revenus de transactions Airtel Money. Pendant l’hivernage il retourne à Léo cultiver dans son champ, histoire de joindre les deux bouts.  Ses différents appels à l’aide n’ont reçu jusque-là que des promesses non tenu du ministère de la culture et des autorités.

Néanmoins quand il fait son bilan, il affirme :

– Je peux dire que l’objectif de Bazar Music est atteint, puisque c’est bien vrai aujourd’hui je suis tombé (ruiné) à cause de vouloir promouvoir la musique burkinabé, mais à quelque part je dirais que, j’ai perdu mais j’ai gagné.
Pourquoi jezougna zaguemda dis gagné et perdu ? J’ai perdu puisque que je n’ai plus les moyens que j’avais avant de commencer la production. Mais je peux dire que j’ai gagné aussi, puisque toute de suite quand on va parler de la culture burkinabé, si c’est pas un oubli, on va dire que Bazar Music a contribué à promouvoir la musique burkinabé, donc voilà pourquoi je dis que j’ai gagné, mais j’ai perdu.

Pour sa contribution inestimable à l’émergence de la musique moderne et traditionnelle burkinabé, le promoteur espère un accompagnement du ministère de la culture, des autorités, et plus loin, de tous les amoureux de la musique de chez nous, afin que Bazar Music reniassent de ses cendres.

Hier c’était Bazar Music qui était englouti par les eaux, aujourd’hui c’est le studio Abazon de Smockey qui part en fumée, demain à qui le tour ?
Le temps n’est-il pas venu pour le ministère en charge de la culture de mettre en place  un fond pour venir en aides aux opérateurs culturels victimes de sinistres ?!

La culture n’a pas de prix, elle définit ce que nous sommes.

Salif Ackermann OUEDRAOGO

Categories: Actualités

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