Interview: Wendyam Serges Ouédraogo dit Dacosta «J’allais devenir prêtre»

DacostaNé à Ouagadougou et ayant grandi au quartier Samandin dans une famille dont la religion catholique est fortement ancrée, Wendyam Serges Ouédraogo dit Dacosta, fait parti des jeunes comédiens les plus célèbres du Burkina. Pourtant, rien ne le prédestinait dans ce métier. Je me suis permis d’aller à sa rencontre afin qu’il vide tous ce qu’il sait. Ce colosse noir à l’allure vorace et grogneur est pourtant docile, calme et timide.

Dans quel environnement familial as-tu grandi ?

J’ai grandi dans une famille foncièrement catholique où tout ce qui est formellement interdit par cette religion, nous ne faisions pas. Dans ma tendre enfance, bon nombre de personne étaient convaincu que j’étais un prêtre ou sinon que j’allais bientôt le devenir. Mais j’avoue tout de même, qu’à un moment donné, j’ai eu envie de le devenir.

Mais comment est ce que la comédie a pris le dessus ?

En effet, c’est après avoir abandonné la classe de terminale pendant que je préparais mon baccalauréat, qu’en 1998, j’ai intégré une formation de théâtre appelé «troupe de l’unité » de Ouagadougou dirigée par Gustave Ilboudo, professeur de français.

Est-ce qu’à partir de l’école tu étais déjà prédisposé à être comédien ?

Non…non parce que mon rêve ce n’était pas la comédie. Beaucoup se demandent encore aujourd’hui, pourquoi je ne suis pas footballeur ? Car dans mon quartier, tous les jeunes de ma génération ont grandi dans le foot. Dans mon quartier, grâce au terrain de l’ASFA Yennenga, nous allions régulièrement nous entrainer là-bas. Donc je ne pensais pas à la comédie jusqu’au moment où je suis allé tout naïvement participer à un casting dans un quartier à Ouidi. Apparemment comme je fais rire les gens, je me suis dit qu’il faut que j’aille essayer. Au final j’ai été retenu en première position sur les 10 comédiens. Mais j’avoue que, c’est après 6 mois que j’ai vraiment attiré l’attention du responsable qui m’a fait immédiatement confiance. C’est ainsi qu’en 2010, j’ai déposé mes valises dans le groupe théâtral pour l’éducation sociale dirigée par Barthélémy Bouda qui a incarné le rôle du «Fauteuil » dans le film de Missa Hébié. C’est lui qui m’a véritablement formé dans le jeu d’acteur et qui m’a conduit dans le cinéma.

Comment justement la transition s’est faite ?

Je ne rêvais pas me retrouver dans le cinéma. Car dans le théâtre, on apprend beaucoup et je profite de ton micro pour encourager les jeunes qui voudraient se lancer dans le cinéma, de se former d’abord dans le théâtre. Peut-être même qu’au final, ils sentiront plutôt mieux dans le théâtre. Donc, je me plaisais bien dans mon théâtre-forum à travers des sensibilisations par ci et par là. Nous avons bourlingué dans les 45 provinces et même dans les zones les plus enclavées du Burkina. Chaque fois que j’incarnais un personnage, le public me confondait à Mba Bouanga. J’étais bien apprécié dans le théâtre jusqu’au jour où, j’ai eu vent d’un casting du côté de la RTB pour une série appelée «Affaires publiques». J’ai été immédiatement retenu à ma grande surprise et comme l’appétit vient en mangeant, je me retrouvé sur plusieurs plateaux donc celui d’Aboubakar Sidnaaba, AFRIMOV d’Ibrahim Olukunga, de «3è Œil » d’Omar Dagnon et bien d’autres. C’est véritablement dans le film d’AFRIMOV en occurrence le «Royaume de Zabota » que j’ai crevé les écrans.

Quel est spectacle ou le film qui te reste toujours gravé dans la mémoire ?

Dans le théâtre, c’est la toute première pièce théâtrale «Fiancé du crétin» et dans le cinéma c’est le film d’Ibrahim Olukunga «Une nuit avec ta femme»
.
Peut-on affirmer que tu as scellé un pacte avec AFRIMOV à telle enseigne que tu es devenu leur acteur de prédilection ?

Ce n’est pas un choix délibéré de ma part. Je dirai plutôt que cette structure est un détecteur de talents. Le responsable d’AFRIMOV a tout simplement été séduit par mes prestations. Donc par conséquent, selon eux, pourquoi changer une équipe qui gagne ? IL me fait toujours appel tout comme Omar Dagnon de «3è Œil ». J’essaye d’être disponible quand ils ont besoin de moi. La méthode d’AFRIMOV est assez particulière car à chaque fois qu’il commence un projet avant qu’il n’arrive à terme, il te présentera un autre et ainsi de suite. Donc en sommes, si vous l’avez séduit dans un rôle précédent, automatiquement, il te reconduira dans un autre projet.

Combien de films as-tu tournés avec AFRIMOV ?

De son premier jusqu’au dernier film, car il en a tourné déjà huit, il n’y a qu’un seul film où je n’ai pas joué, c’est «Pique-nique». J’ai donc joué dans tous ses films sauf «pique-nique».

Qu’est ce que tu apprécies dans cette structure ?

C’est l’esprit de famille qui plane en permanence quand nous travaillons qui me fascine à AFRIMOV. La créativité et la liberté des mouvements nous permettent de mieux répondre sur les plateaux. Ibrahim Olukunga est en plus un bosseur et comme je le suis aussi, ça me permet d’être opérationnel et de travailler sous pression.

Pourquoi dans ces films, tu joues beaucoup plus le rôle d’un alcoolique ?

Ce n’est pas moi qui aime jouer ce rôle. J’ai souvent l’habitude de dire que l’acteur doit pouvoir satisfaire le réalisateur. Bien que l’acteur peut aussi faire des propositions dans le jeu. Mais c’est le réalisateur qui oriente son scénario et nous ne faisons que l’exécuter grâce à nos prouesses de comédiens.

Est-ce qu’avec AFRIMOV vous êtes conséquemment bien rémunéré en tant qu’acteur ?

Avant de démarrer le tournage, le contrat est discuté avec le réalisateur. Il nous fait des propositions en fonction de son budget qu’il à sa disposition. Celui qui incarne un rôle principal, ne peut pas avoir la même rémunération que celui qui jouera un rôle secondaire. En ce qui me concerne, AFRIMOV me fait des propositions et en fonction de cela nous tombons d’accord. Au départ, il était très large car il nous avait fait comprendre qu’il voulait apporter une autre image de notre cinéma. Au départ, nous étions tous confiants raison pour laquelle nous le faisons confiance. Il n’est pas burkinabè d’origine, raison pour laquelle sa vision est noble. Nous avons décidé de faire des sacrifices et nous allons toujours l’accompagner. Ce qu’il propose, c’est honnête et cela tient compte de ses moyens. Je ne peux dire que c’est beaucoup ou c’est peu. C’est sincère ! Et s’il y a des retombés par la suite, il fait des gestes. Au départ on avait espoir qu’il allait avoir des financements après les premiers films mais hélas, jusqu’à présent, c’est avec ses fonds propres qu’il produit ces films.

Quel a été le montant de ton plus gros contrat ?

C’est… (Rire)… 700 000 FCFA ! Depuis lors, je n’ai plus un cachet à ce montant. Même 500 000 FCFA, je n’ai plus eu !

Tu as également joué avec «3ème œil »

Ma collaboration avec Omar Dagnon de 3è Œil est de la volonté d’Ibrahim Olukunga. C’est lui qui m’a conduit dans cette structure. J’ai tourné dans son long métrage «Tu me prends pour qui ? » ensuite «La folie du millionnaire» puis après il m’a appelé dans le film «ma belle-sœur à tout prix » réalisé par Ives Edgar.

Nombreux sont tes films qui passent sur les chaînes étrangères en Europe et en Afrique. Est-ce tu gagnes des dividendes sur les diffusions ?

Non, je ne perçois rien, ni les droits d’images. Au BBDA nous percevons des droits diffusés sur le plan national, mais c’est insignifiant pour des comédiens que nous sommes. La première fois que je suis allé percevoir mes droits, j’ai eu une somme de 40 000 FCFA. Après c’est descendu à 20 000, j’ai commencé à me plaindre tout comme les autres d’ailleurs. Il n’y a pas d’explications à priori. Quand tu prends un film comme «Je veux ta femme » qui a drainé des milliers de cinéphiles dans les salles, tu arrives au BBDA, on te tend 9 000 FCFA, c’est ridicule quoi !

Tu figures également dans les clips de Dez Altino…

Entre Dez Altino et moi, c’est une longue histoire. Nous sommes liés à jamais. C’est un frère, un cousin, un ami…il est tout pour moi. Nous avons évolué ensemble dans les années 98 quand on commençait le théâtre. Car lui aussi, il a eu cette onction pour le théâtre pour après opter pour la musique au moment où personne ne s’y attendait. Il a aussi été présent dans les arts martiaux, bref c’est un homme qui plusieurs talents en toute sincérité. Quand il veut réaliser un clip, il m’appelle, on échange et comme il a également fait le théâtre, tout roule comme sur des patins à roulettes.
Jabbar !

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